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Est-ce que le fait d'avoir sorti ton album "Greatest Hits" l'année dernière t'a permis de fermer un chapitre et de partir sur de nouvelles bases ?Je ne ferme rien et n'ouvre rien. C'est simplement un flux continu, une sorte de parcours. Mais ça m'a donné l'impression d'avoir réalisé quelque chose. J'ai toujours voulu être musicien, j'ai mis des années pour signer un contrat d'enregistrement et faire la musique que j'aimais. Même pendant les années où je faisais ce que je voulais, je suis resté ce gosse qui essayait de percer. Je ne me suis jamais senti très à l'aise. J'ai toujours eu l'impression de devoir me battre et continuer à travailler. Maintenant je me dis : "Super, j'ai fait quelque chose et j'en suis fier. Tout a résisté à l'épreuve du temps. Ma situation est un peu plus confortable, et je peux commencer à orienter ma vie et ma musique dans d'autres directions". J'ai eu des oeillères pendant ces douze dernières années, ou plutôt pendant ces trente dernières années à dire vrai. En fait, je sais que je veux être musicien depuis que j'ai cinq ans ! Pour toi, le titre "Again" n'avait pas sa place sur ton dernier disque "Lenny". C'est pour cela que tu l'as sorti avec tes "Greatest Hits"... C'est ce que j'ai dit mais j'avais tort. Je venais de commencer le nouvel album et je pensais partir dans une direction. Finalement, je suis arrivé à un autre résultat. Et quand je repense à l'album, je me dis que "Again" aurait très bien pu en faire partie. Dans quelle direction pensais-tu aller et à quel résultat es-tu finalement parvenu ? Il y a beaucoup de guitare, de basse et de batterie sur ce disque. C'est du rock 'n' roll, quoi. Je pensais composer quelque chose d'un peu plus funk, mais ça ne s'est pas fait. Non pas parce que je ne le voulais pas, mais parce que ça n'est pas arrivé. J'ai commencé à écrire les morceaux franco et je me suis rendu compte que ça n'était pas ce que je voulais faire au départ. C'est ça qui est génial dans le processus de création. Tu laisses aller tes pensées et ton ego, et tu vois ce qui en découle. Même si tu penses créer quelque chose en particulier, ça peut prendre un virage à 180° et donner quelque chose de totalement différent. C'est comme ça que ça marche. Dernièrement tu as beaucoup réfléchi sur toi-même, sur ta vie, sur ta paternité. Est-ce que ces réflexions ont eu une influence sur "Lenny" ? C'est difficile à dire. Mon but n'a jamais été de faire plaisir aux autres, mais à moi seul. J'ai beaucoup d'affection pour les gens qui soutiennent ma carrière et ma musique, qui aiment ce que je fais. Mais je fais de la musique pour me faire plaisir. Et je n'ai jamais essayé de prendre le train en marche ou de faire ce qui était à la mode à tel ou tel moment. J'ai toujours procédé ainsi et j'imagine que c'est pour cette raison que je suis toujours là au bout de 12 ans. A l'heure actuelle, si ta carrière dure trois ou quatre ans, c'est déjà très long. Je serais bien incapable de dire pourquoi je suis encore là, mais je pense que le fait d'avoir toujours été moi-même y est pour quelque chose. Les gens comprennent ça et c'est une chance pour moi. De toute évidence, "Lenny" est un disque plutôt philosophique. Dans "Dig In", tu chantes "The world has been waiting for you to care" ("Le monde attend que tu prennes soin de lui"), et "Stillness Of Heart" évoque la recherche d'une vie plus simple. Est-ce que tu as l'impression d'avoir franchi une étape de ta vie avec cet album ? Je vis simplement un moment où je suis plus à l'aise avec moi-même. Les thèmes de mes disques sont récurrents. Mais ils évoluent parce que tu vis, tu apprends plus. J'ai toujours écris sur l'amour, sur Dieu, sur des choses positives en général et sur les gens. C'est mon truc car c'est l'éducation que j'ai reçue. Pour moi, c'est une bénédiction, car la plupart de mes amis n'ont pas été élevés de cette façon. Quand je parle aux gens de leur enfance, ils répondent en général qu'elle a été horrible. Ils ont eu beaucoup de problèmes et en sont encore traumatisés. Ma famille à moi était vraiment cool. Mes parents m'ont témoigné de l'affection, ils m'ont donné le sens des valeurs et ils m'ont encouragé. L'environnement était très positif. Mais je ne me dis pas : "Tiens je vais écrire sur le fait d'être positif". Ca vient comme ça, c'est tout. Peux-tu nous parler du titre "God Gave Me Everything" que tu as co-écrit avec Mick Jagger pour son album solo ? Oui, je l'ai co-écrit et produit. J'en garde un super souvenir. Quand tu travailles avec quelqu'un de ce calibre, quelqu'un de si talentueux, quelqu'un qui a écrit des chansons qui ont vraiment marqué une époque, c'est une expérience que tu n'es pas prêt d'oublier. Tu bosses avec le meilleur ! En plus, notre collaboration a été fructueuse. J'adore travailler avec des gens comme ça. J'ai bossé avec Madonna, avec Mick, avec Curtis Mayfield, avec Michael Jackson, etc. Ce que j'aime, c'est collaborer avec des gens talentueux qui ont envie de travailler. Produire d'autres artistes représente une part importante de tes activités ? Oui, ça c'est sûr. Je suis en train de créer mon label [Roxie Records] et je vais me lancer dans la production. Quand j'étais plus jeune, au lycée, je rêvais d'être Quincy Jones. Je produis mes propres disques, et j'en tire une grande satisfaction. Mais j'aimerais plus produire de nouveaux artistes. J'ai des vues sur certaines personnes. C'est toi qui joues de tous les instruments sur tes albums. Ca doit te faire bizarre quand tu te retrouves sur scène d'avoir tout un groupe qui joue avec toi ? Tu as à la fois une expérience en studio et une expérience de leader/rock star… Ce sont deux choses totalement différentes. C'est en studio que je me sens le mieux, car j'y fais ma petite salade. Sur scène, ça n'a rien à voir. Je dois diriger d'autres personnes et leur expliquer ce que je veux. Mais il faut aussi que je les laisse s'exprimer, qu'ils y mettent un peu d'eux-mêmes, sinon ça n'a aucun intérêt pour eux. Je travaille avec un groupe de musiciens extraordinaires, les mêmes depuis plusieurs années. Ils savent très bien d'où je viens et ils parviennent sans problème à imposer leur style. Tu as utilisé pendant longtemps du matériel analogique et tu as eu recours pour la première fois à un équipement numérique sur "5". Aujourd'hui tu utilises les deux. Est-ce que cette progression t'a semblé naturelle ? J'ai dû apprendre car je n'y connaissais rien. J'ai utilisé du matériel analogique pendant longtemps. J'avais vraiment appris à bien le maîtriser. Et puis un jour j'ai essayé autre chose. Il y a encore quelques années, je disais que jamais je ne travaillerais avec cette merde. Mais quand j'ai écrit "5", j'ai réalisé les limites de l'analogique. C'est là que je me suis dit : "OK, j'ai dit que je ne ferai jamais ça, mais c'est une bonne raison pour le faire". Et je me suis lancé. Je me sers du meilleur du numérique et du meilleur de l'analogique. Du coup, j'ai plus de possibilités. Quels sont les titres figurant sur "Lenny" qui risquent de surprendre le plus en matière de technologie ? Quels sont ceux pour lesquels tu es allé le plus loin ? Sûrement "Pay To Play" et "You Were In My Heart". Et "Believe In Me" aussi. Oui, on entend bien les boucles dans "Believe In Me". Est-ce qu'il y a des scratches sur "Pay To Play" ? Tout à fait. Quels sont les morceaux que tu préfères ? De quelles chansons es-tu le plus fier ? J'adore "Yesterday Is Gone". C'est pour moi l'un des meilleurs titres que j'ai jamais écrits. Ca me plonge dans un état que j'aime bien. Je pense que "Stillness Of Heart" est une grande chanson. Je ne veux pas dire que c'est un tube, mais plutôt un hymne. J'aime l'énergie de "Bank Robber Man". Cette chanson évoque ta première expérience d'identification raciale en Floride. Il est particulièrement important d'aborder ce thème de nos jours… C'est malheureusement une question de peur, et ça, c'est difficile à contrôler. Il faut beaucoup réfléchir pour voir au-delà. Pour moi, vu l'état actuel dans lequel se trouvent les gens, vu comme ils ont peur, ils n'ont pas la force de gérer ce problème pour l'instant. Mais j'apprécie les actions menées pour lutter contre. J'ai vu beaucoup de campagnes encourageant les gens à ne pas juger les autres d'après leur apparence. Tu as souvent dit que tu ne rentrais dans aucune catégorie ou qu'aucune niche ne te ne correspondait. Est ce que le fait d'avoir remporté trois Grammy Awards a changé ta vision des choses ? Non, pas du tout. Je ne veux pas être catalogué. Les gens pensent que je suis un artiste rock, mais [ma musique subit] également d'autres influences. Est-ce que l'industrie musicale a beaucoup changé au cours de ces douze dernières années ? Oh que oui ! C'est vrai que c'était dur de s'imposer il y a 10 ans, mais aujourd'hui c'est devenu bien plus institutionnel, bien plus marketing. Ce n'est qu'une question de marketing. Tu vends un produit et peu importe ce que tu as à dire à son propos. Une maison de disques vend un produit. Tout est tellement rigide et homogénéisé que ça manque un peu d'individualité. Mais la musique reflète toujours le climat social et la position sociale. Tout le monde doit porter les mêmes marques, - des baskets Nike, des chemises Gap. Tout le monde doit écouter la même musique. Ca met un frein à la créativité. De quoi t'es-tu inspiré pour écrire le premier single "Dig In" ? J'étais assis sur une plage, je regardais les nuages et j'ai vu un avion passer. Quand on traverse des nuages, on subit des perturbations. Mais une fois les nuages passés, tout redevient normal. Je pensais aux gens qui, par peur, évitent de faire certaines choses dans la vie. Ils ne veulent pas grandir, ils ne veulent pas bouger. En fait, ils ont envie d'aller de l'avant, d'atteindre un certain but. Mais 9 fois sur 10, c'est la peur qui les retient. Une fois que tu te lances, ce n'est pas le fait de vivre une nouvelle expérience qui te gêne. C'est la peur. C'est drôle car je viens juste de lire une critique [de ce single] dans le magazine Billboard. Le mec écrit que c'est une super chanson mais que les paroles ne veulent carrément rien dire. Pour moi, il n'a pas essayé de comprendre ce que je voulais dire. D'ailleurs, je me fiche de ce qu'il peut penser. Je trouve ça drôle, parce que ce morceau parle de quelque chose qu'il a probablement ressenti. Mais il n'a pas bien écouté les mots… -- Steffie Nelson for MTV.fr |